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MACF · 2026

Cahier des charges ANME : comment financer 70 % de votre bilan carbone en Tunisie

Août 2026
Par l'equipe RMA Carbone by Kabaun

L'ANME encadre depuis août 2026 la comptabilité carbone des entreprises tunisiennes et ouvre une prime pouvant couvrir 70 % du coût, plafonnée à 70 000 dinars. Procédure, référentiels imposés, qualifications exigées et le piège qui fait perdre le financement.

Un cadre national, et une prime de 70 000 dinars

Jusqu'en 2026, une entreprise tunisienne qui voulait mesurer ses émissions avançait seule. Elle choisissait son bureau d'études sans grille de comparaison, retenait une méthode parmi plusieurs, et finançait l'exercice sur ses fonds propres. Deux entreprises du même secteur pouvaient produire des bilans que rien ne permettait de rapprocher.

Le cahier des charges « comptabilité carbone » publié par l'Agence Nationale pour la Maîtrise de l'Énergie en août 2026 met fin à cette dispersion. Il fixe une procédure unique, impose des référentiels communs, définit les qualifications exigées de l'expert, et surtout ouvre un financement public : le Fonds de transition énergétique peut prendre en charge 70 % du coût de la mission, dans la limite de 70 000 dinars.

Ce texte s'inscrit dans la troisième version de la Contribution Déterminée au niveau National de la Tunisie, qui vise une baisse de 62 % de l'intensité carbone de l'économie d'ici 2035 par rapport à 2010. Autrement dit, l'ANME ne finance pas un exercice de communication : elle finance la production de données comparables, agrégeables à l'échelle du pays.

Le calendrier ne doit rien au hasard. La phase définitive du Mécanisme d'Ajustement Carbone aux Frontières a démarré le 1er janvier 2026. Les exportateurs tunisiens vers l'Union européenne sont désormais tenus de documenter les émissions incorporées de leurs produits. Le dispositif ANME arrive donc au moment précis où la mesure cesse d'être facultative pour une partie de l'industrie.

Ce que le dispositif finance réellement

Le cahier des charges couvre trois missions distinctes. Une entreprise peut en retenir une, deux ou les trois dans la même convention, selon son besoin.

MissionApprochePour qui
Bilan carbone d'entrepriseOrganisationnelle : la chaîne de valeur, les activités, les sites et les filialesToute entreprise qui veut connaître son empreinte globale
Empreinte carbone d'un produitCycle de vie, de l'extraction des matières premières à la fin de vieIndustriels dont les clients réclament une donnée par référence
Mise en conformité MACFÉligibilité des produits, calcul des émissions incorporées, préparation des rapportsExportateurs vers l'Union européenne

La distinction entre les deux premières mérite d'être posée clairement, parce qu'elle est la source de confusion la plus fréquente. Le bilan d'entreprise répond à la question « combien émet mon organisation sur un exercice ». L'empreinte produit répond à « combien émet cette référence, de sa matière première à sa fin de vie ». Les deux mobilisent des données différentes et ne se substituent pas l'une à l'autre. Une entreprise dont le client européen exige une donnée par produit n'aura pas satisfait à sa demande en produisant un bilan organisationnel, aussi rigoureux soit-il.

L'ordre des étapes, qui n'est pas une formalité

La procédure d'accès au financement suit une séquence stricte, identique pour les trois missions :

  • Choix du bureau d'études par l'entreprise, en vérifiant qu'il satisfait aux qualifications exigées.
  • Rédaction d'un projet de convention entre l'entreprise et le bureau d'études, sur la base de la convention type de l'ANME.
  • Soumission de ce projet à l'approbation de l'ANME.
  • Dépôt de la convention signée, dûment enregistrée auprès de la recette des finances.
  • Démarrage des travaux, et pas avant.
  • Dépôt de l'étude à l'ANME pour revue, avec une réunion de discussion possible entre le consultant et l'entreprise.
  • Signature du contrat programme fixant la contribution du Fonds de transition énergétique.

La convention type encadre aussi l'exécution : la mission ne doit pas excéder six mois. Un dépassement impose un avenant transmis à l'ANME, accompagné d'un nouveau planning et d'un exposé des motifs. Côté paiement, au moins 40 % du montant est conditionné à la validation du livrable par l'agence.

Le piège qui fait perdre la prime

Un point du cahier des charges décide à lui seul de l'éligibilité au financement : une entreprise qui a entamé le processus d'accompagnement avant la signature de la convention ne peut plus bénéficier des avantages financiers. La convention n'entre en vigueur qu'après approbation par l'ANME et signature des deux parties.

Traduit en pratique : si vous mandatez un bureau d'études, que vos équipes commencent à rassembler les factures et que la collecte démarre avant que la convention ait été approuvée puis enregistrée, la prime est perdue. Elle ne se rattrape pas. La qualité du travail produit ensuite n'y change rien, et l'ANME n'a pas de marge d'appréciation sur ce point.

C'est un piège d'autant plus réel que l'enchaînement naturel d'un projet pousse dans l'autre sens. Une direction qui décide de faire son bilan veut avancer. Elle demande à ses équipes de préparer les données pendant que l'administratif suit. C'est exactement l'ordre qui coûte 70 000 dinars.

La parade tient en une phrase : tant que la convention n'est pas enregistrée, aucune tâche du bureau d'études ne commence. En revanche, rien n'interdit à l'entreprise de préparer son propre terrain en interne, et c'est même ce qui distingue les missions qui tiennent le délai de celles qui dérivent.

Les référentiels imposés

Pour le bilan carbone d'entreprise, le cahier des charges impose ISO 14064-1 et le GHG Protocol, et mentionne la démarche Bilan Carbone® comme compatible avec ces exigences. Le périmètre porte en principe sur les scopes 1, 2 et 3, mais l'entreprise peut décider de restreindre son calcul aux scopes 1 et 2.

Cette faculté de restriction demande réflexion plutôt qu'un réflexe. Se limiter aux scopes 1 et 2 allège la collecte et raccourcit la mission. Mais dans la plupart des secteurs tunisiens exposés à l'export, l'essentiel des émissions se loge dans le scope 3, et particulièrement dans les achats. Un bilan qui s'arrête aux scopes 1 et 2 produit un chiffre exact et une image fausse. Il ne répondra pas non plus aux demandes des donneurs d'ordre européens, qui interrogent la chaîne de valeur.

Le bon arbitrage dépend de l'objectif. Pour satisfaire une obligation déclarative minimale, les scopes 1 et 2 suffisent. Pour piloter une trajectoire de réduction ou répondre à un acheteur européen, le scope 3 n'est pas optionnel.

Qui peut réaliser la mission

Le cahier des charges verrouille les qualifications de l'expert, ce qui protège l'entreprise autant que le financement public. Sont exigés :

  • un diplôme de niveau Bac +5 minimum dans une discipline scientifique ou technique ;
  • au moins cinq ans d'expérience prouvée dans un domaine pertinent : efficacité énergétique, management de la qualité, environnement, procédés industriels ou gestion des émissions de gaz à effet de serre ;
  • et, au choix, la participation à une mission d'accompagnement dans un programme national porté par l'ANME, le CITET ou la DGIIT, ou la réalisation d'au moins deux bilans carbone attestés selon ISO 14064-1 ou le GHG Protocol.

Vérifiez ces éléments avant de signer, pas après. Un bureau d'études qui ne satisfait pas à ces conditions ne rendra pas votre dossier éligible, et le constat interviendra au moment de la revue par l'ANME, c'est-à-dire une fois la mission réalisée et payée.

Ce que l'ANME attend du livrable

Le financement n'est pas acquis à la remise du rapport : l'ANME procède à une revue, et au moins 40 % du paiement dépend de sa validation. Un livrable qui ne permet pas cette revue expose l'entreprise à un retard de paiement, voire à une reprise de la mission.

Dans les faits, ce qui distingue un rapport recevable d'un rapport contestable tient à quatre exigences de traçabilité. La période de référence doit être explicite et couvrir douze mois cohérents, pas un assemblage d'exercices. Le périmètre organisationnel doit être arrêté et justifié : quelles entités sont consolidées, lesquelles sont exclues, et pourquoi. Les facteurs d'émission retenus doivent être cités avec leur source et leur millésime, faute de quoi le résultat n'est pas reproductible. Enfin, les hypothèses posées là où la donnée manquait doivent être écrites, chiffrées et rattachées au poste concerné.

Cette dernière exigence est celle que les entreprises sous-estiment le plus. Aucun bilan ne repose sur des données complètes à 100 %. Il y a toujours un poste où l'on a extrapolé, une famille d'achats requalifiée par ratio, une consommation reconstituée à partir d'une surface. Ce n'est pas un défaut, c'est la pratique normale de la comptabilité carbone. Ce qui devient un défaut, c'est de ne pas le documenter. Un auditeur, un client européen ou l'ANME elle-même ne reprochera pas une estimation assumée et justifiée ; ils rejetteront un chiffre dont personne ne sait comment il a été obtenu.

Un rapport bien construit se relit d'ailleurs d'une année sur l'autre. Si votre bilan 2026 documente ses hypothèses, le bilan 2027 se construit en réutilisant la même structure et devient nettement plus rapide. C'est un argument de coût, pas seulement de rigueur : le deuxième exercice ne devrait jamais coûter autant que le premier.

Ce qui décide vraiment de votre délai

Le cahier des charges plafonne la mission à six mois. Dans les faits, ce n'est presque jamais la méthode qui consomme ce temps, c'est la collecte des données.

Notre expérience de terrain le montre poste par poste. Le calcul lui-même est rapide dès lors que les données sont là, au bon format et sur le bon périmètre. Ce qui prend des semaines, c'est d'obtenir une extraction comptable des achats ligne à ligne, de rassembler douze mois de factures d'électricité par point de livraison, de retrouver les quantités de fluides frigorigènes rechargées dans les rapports d'intervention du prestataire froid, ou d'établir une nomenclature qui rattache chaque ligne d'achat à une famille de produits.

Ces quatre postes concentrent l'essentiel du poids d'un bilan, et ce sont précisément ceux qui manquent le plus souvent au démarrage. Une entreprise qui les anticipe pendant la phase administrative, celle où le bureau d'études n'a pas encore le droit de travailler, transforme une contrainte procédurale en avance réelle.

C'est la logique du diagnostic de décarbonation que nous mettons à disposition : treize questions, trois minutes, pour situer la disponibilité de vos données poste par poste et savoir lesquelles réunir en priorité. Le résultat ne remplace pas une mission, il indique où vous en êtes avant de vous engager.

La nuance de calendrier MACF à ne pas confondre

Un dernier point mérite attention, parce qu'il génère des erreurs de trésorerie. La phase définitive du MACF a démarré le 1er janvier 2026, et les importations réalisées en 2026 créent bien une obligation financière. Mais la vente des certificats ne débute qu'en février 2027 : les déclarants agréés les acquièrent rétrospectivement au titre de leurs émissions incorporées de 2026, avec restitution au plus tard le 30 septembre 2027.

Pour un exportateur tunisien, la conséquence est double. La donnée d'émission doit être produite au titre de 2026, donc maintenant. Mais l'impact financier se matérialise chez l'importateur européen en 2027. Un fournisseur incapable de documenter ses émissions incorporées en 2026 se retrouvera face à un client qui devra estimer par défaut, avec des valeurs pénalisantes.

Questions fréquentes

Puis-je demander la prime après avoir commencé mon bilan ?

Non. Toute entreprise ayant entamé le processus d'accompagnement avant la signature de la convention perd le bénéfice des avantages financiers. L'ordre des étapes conditionne l'éligibilité.

La prime couvre-t-elle la totalité du coût ?

Non. Le Fonds de transition énergétique intervient à hauteur de 70 % du coût de l'assistance et de l'accompagnement, avec un plafond de 70 000 dinars. Le reste demeure à la charge de l'entreprise.

Puis-je limiter mon bilan aux scopes 1 et 2 ?

Oui, le cahier des charges le permet. Mais dans les secteurs exposés à l'export, l'essentiel des émissions se situe dans le scope 3, et un périmètre restreint ne répondra pas aux demandes des acheteurs européens.

Combien de temps dure une mission ?

La convention type fixe une durée maximale de six mois. Un dépassement exige un avenant transmis à l'ANME avec un nouveau planning et un exposé des motifs.

Les trois missions peuvent-elles être menées ensemble ?

Oui. La convention type permet de retenir une, deux ou les trois prestations selon le besoin de l'entreprise.

Ce qu'il faut retenir

Le cahier des charges ANME transforme le bilan carbone d'un projet discrétionnaire en démarche cadrée et cofinancée. Trois éléments décident du résultat : respecter l'ordre des étapes, sans quoi la prime est perdue ; choisir un bureau d'études qui satisfait réellement aux qualifications exigées ; et préparer ses données pendant la phase administrative plutôt qu'après.

Le premier et le deuxième relèvent de la procédure. Le troisième relève de vous, et c'est celui qui fait la différence entre une mission qui tient les six mois et une mission qui les dépasse.

Source : cahier des charges « Comptabilité carbone », Agence Nationale pour la Maîtrise de l'Énergie, août 2026.

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