Prix officiel des certificats, allocation gratuite déduite année par année, coût chiffré d'un exemple et méthode en huit étapes : le plan d'action MACF pour les exportateurs tunisiens avant février 2027.
Le MACF n'est plus une échéance, c'est un calendrier en cours
Depuis le 1er janvier 2026, le Mécanisme d'Ajustement Carbone aux Frontières (MACF, ou CBAM en anglais) est entré dans sa phase définitive. La période transitoire, ouverte le 1er octobre 2023, se limitait à des déclarations trimestrielles sans paiement. Elle est terminée. Chaque tonne d'acier, de ciment, d'aluminium ou d'engrais azotés importée dans l'Union européenne en 2026 donnera lieu, l'an prochain, à l'achat de certificats.
Nous avons déjà publié un décryptage complet du MACF pour les exportateurs tunisiens : ce qu'est le mécanisme, les secteurs concernés, le cas du textile. Cet article-ci est différent. Il répond à une question plus opérationnelle, celle que nous posent aujourd'hui les directions financières et industrielles : que faut-il faire, dans quel ordre, et avant quelle date ?
Vous y trouverez les chiffres officiels publiés à ce jour, un exemple de coût calculé pas à pas, puis une méthode de préparation en huit étapes et le calendrier des douze prochains mois.
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Où en est le MACF en septembre 2026
Le mécanisme couvre six catégories de marchandises, retenues parce qu'elles représentent environ la moitié des émissions industrielles de l'Union : l'acier et le fer, le ciment, l'aluminium, les engrais azotés, l'hydrogène et l'électricité importée. Une extension est déjà annoncée vers le raffinage, la chimie et certains produits semi-transformés de l'aval, ce qui élargira le nombre d'entreprises tunisiennes concernées.
La simplification adoptée en 2025 a introduit un seuil d'exemption de 50 tonnes massiques par an et par importateur, pour l'acier, l'aluminium, le ciment et les engrais azotés. Sous ce seuil, l'importateur européen est dispensé de toute obligation. Au-dessus, il doit détenir le statut de déclarant MACF autorisé pour pouvoir importer.
Ce seuil soulage les petits flux ponctuels. Il ne change rien pour un exportateur industriel régulier : un seul client européen qui achète quelques camions d'acier ou de ciment par an le dépasse largement.
Les chiffres qui comptent
Le prix du certificat
Le prix d'un certificat MACF correspond à une tonne de CO₂ équivalent. Il est adossé au prix des quotas du marché carbone européen (SEQE-UE) : la Commission retient la moyenne pondérée par les volumes des enchères de quotas.
Pour l'année 2026, la Commission publie un prix par trimestre, calculé dans la semaine qui suit la fin du trimestre. À partir de 2027, le prix sera publié chaque semaine.
| Période | Prix du certificat MACF |
|---|---|
| 1er trimestre 2026 | 75,36 € par tonne de CO₂e |
| 2e trimestre 2026 | 75,28 € par tonne de CO₂e |
Ce qui est déduit : l'allocation gratuite européenne
C'est le point le plus souvent mal compris, et nous l'avions nous-mêmes simplifié dans une première version de cet article. Le MACF ne facture pas un pourcentage fixe de vos émissions. Il part des émissions incorporées dans la marchandise, puis en déduit l'équivalent de l'allocation gratuite dont bénéficient encore les producteurs européens : la référence MACF du produit, multipliée par le facteur MACF de l'année.
Le facteur MACF mesure donc la part de la référence qui est encore déduite. Il diminue chaque année, ce qui augmente mécaniquement la facture.
| Année | Facteur MACF (part de la référence déduite) |
|---|---|
| 2026 | 97,5 % |
| 2027 | 95 % |
| 2028 | 90 % |
| 2029 | 77,5 % |
| 2030 | 51,5 % |
| 2031 | 39 % |
| 2032 | 26,5 % |
| 2033 | 14 % |
| 2034 | 0 % |
Lisez ce tableau dans le bon sens. Les 2,5 % souvent cités pour 2026 correspondent à la réduction de l'allocation gratuite, pas à la part de vos émissions qui sera facturée. La facture dépend de l'écart entre les émissions de votre produit et la référence européenne : pour un produit nettement plus émetteur que la référence, elle est déjà élevée en 2026. Le saut le plus marqué intervient entre 2029 et 2030, où la déduction passe de 77,5 % à 51,5 % de la référence.
Le coût de l'absence de données
Si l'importateur ne dispose pas des émissions réelles de vos produits, il déclare des valeurs par défaut fixées par la Commission par pays et par produit. Ces valeurs sont volontairement pénalisantes : elles sont majorées de 10 % en 2026, 20 % en 2027 et 30 % à partir de 2028. Une usine tunisienne plus performante que la moyenne perd donc tout le bénéfice de sa performance si elle ne la documente pas.
Combien cela peut coûter : un exemple calculé
Prenons un produit réel de la nomenclature. Un fabricant tunisien exporte chaque année 1 000 tonnes de ronds à béton (code NC 7214 20 00) vers un client européen, qui déclare en valeurs par défaut. Pour ce produit, le règlement ne publie pas de valeur propre à la Tunisie : c'est donc la valeur « autres pays » qui s'applique, soit 3,996 tonnes de CO₂e par tonne. Le prix du certificat est fixé à 75,28 €, le prix officiel du deuxième trimestre 2026, gardé constant.
| Année | Émissions retenues (valeur majorée) | Déduction (référence × facteur) | Certificats | Coût estimé |
|---|---|---|---|---|
| 2026 | 4,396 t/t (+10 %) | 1,330 t/t (1,364 × 97,5 %) | 3 066 | environ 230 800 € |
| 2027 | 4,795 t/t (+20 %) | 1,296 t/t (1,364 × 95 %) | 3 500 | environ 263 500 € |
| 2030 | 5,195 t/t (+30 %) | 0,702 t/t (1,364 × 51,5 %) | 4 493 | environ 338 200 € |
| 2034 | 5,195 t/t (+30 %) | 0 | 5 195 | environ 391 100 € |
Trois enseignements. D'abord, le coût n'a rien de marginal dès 2026 : quand un produit n'a pas de valeur propre à son pays d'origine, la valeur « autres pays » majorée pèse lourd. Ensuite, il augmente de près de 70 % entre 2026 et 2034 à prix constant, et le prix n'a aucune raison de rester constant. Enfin, cette facture est d'abord payée par votre client importateur : elle revient vers vous par la négociation commerciale.
Le levier est direct. Des émissions réelles, mesurées et vérifiées, remplacent la valeur par défaut majorée ; selon votre procédé, l'écart peut être important. C'est précisément ce que votre client attend de vous.
Pour faire ce calcul sur vos propres produits, utilisez notre calculette MACF gratuite : elle applique les valeurs officielles de l'UE et vous envoie le détail année par année.
Pourquoi s'y préparer, même si vous ne payez pas vous-même
Juridiquement, l'obligation pèse sur l'importateur établi dans l'Union, pas sur l'exportateur tunisien. C'est ce qui pousse certaines entreprises à attendre. C'est une erreur de lecture, pour quatre raisons.
- Votre client a besoin de vos chiffres. Il ne peut déclarer des émissions réelles qu'avec les données de votre installation. Sans elles, il paie la valeur par défaut majorée, et il sait exactement combien vous lui coûtez.
- Le prix du carbone devient un critère d'achat. À qualité et prix égaux, un acheteur européen choisira le fournisseur dont les émissions sont vérifiées et plus basses. Le MACF transforme votre intensité carbone en argument commercial, ou en handicap.
- Aucune déduction n'est possible côté tunisien aujourd'hui. Le mécanisme permet de déduire un prix du carbone effectivement payé dans le pays d'origine. La Tunisie n'appliquant pas, à ce jour, de prix du carbone explicite sur ces productions, rien ne vient réduire la facture : chaque tonne évitée compte en entier.
- Les données prennent du temps. Reconstituer une année de consommations, de combustibles et de matières par installation demande plusieurs mois. Les émissions de 2026 se déclarent en septembre 2027 : celles que vous ne suivez pas aujourd'hui seront difficiles à justifier demain.
Se préparer, étape par étape
Étape 1. Identifier les produits concernés
Tout part de la nomenclature douanière. Listez vos produits exportés vers l'Union avec leur code NC à huit chiffres et comparez-les à l'annexe du règlement MACF. Ne vous fiez pas au nom commercial : un même produit peut être couvert ou non selon son code. Cette étape prend quelques jours et évite de mobiliser des équipes sur des flux qui ne sont pas concernés.
Étape 2. Cartographier vos clients importateurs
Pour chaque produit concerné, identifiez qui importe dans l'Union : votre client direct, un distributeur, un transitaire. Vérifiez qu'il dépasse le seuil de 50 tonnes par an et qu'il a obtenu ou demandé le statut de déclarant MACF autorisé. Un client qui n'a pas ce statut ne pourra plus importer vos marchandises.
Étape 3. Délimiter l'installation et les procédés
Le MACF raisonne par installation de production, pas par entreprise. Pour chaque site, décrivez les procédés qui produisent les marchandises exportées, les limites physiques de l'installation et les flux qui y entrent et en sortent. C'est cette cartographie qui permettra d'affecter les émissions au bon produit.
Étape 4. Collecter les données d'activité
Rassemblez, sur douze mois, les consommations de combustibles, d'électricité et de matières premières, ainsi que les volumes produits. Les sources existent déjà dans l'entreprise : factures STEG, relevés de gaz, fiches de production, extractions de l'ERP. Le travail consiste à les réunir, les rapprocher et combler les trous.
Étape 5. Calculer les émissions spécifiques par produit
Les émissions directes de l'installation, et selon les produits une partie des émissions indirectes liées à l'électricité, sont rapportées à la tonne produite. Pour les produits composés, il faut aussi intégrer les émissions des précurseurs achetés, par exemple l'acier brut transformé en pièces. C'est ici qu'une méthode rigoureuse et documentée fait la différence face à la valeur par défaut.
Étape 6. Faire vérifier les données
En phase définitive, les émissions déclarées doivent être vérifiées par un vérificateur accrédité et indépendant. Le nombre de vérificateurs accrédités reste limité dans les premières années : anticipez la prise de rendez-vous, et préparez un dossier de preuves propre pour réduire la durée de la mission.
Étape 7. Transmettre les données à vos clients
Les exploitants d'installations situées hors de l'Union peuvent s'enregistrer dans le registre MACF pour mettre leurs données vérifiées à disposition de leurs importateurs. Organisez cette transmission et fixez contractuellement qui fournit quoi, à quelle date et sous quel format.
Étape 8. Réduire, puis renégocier
Une fois vos émissions connues, vous savez où agir : efficacité énergétique des fours, part d'électricité bas carbone, choix des matières premières, taux de rebut. Chaque tonne de CO₂e évitée réduit directement le coût supporté par votre client. C'est un argument de négociation concret, chiffré, que vos concurrents non préparés ne pourront pas avancer.
Le calendrier des douze prochains mois
| Échéance | Ce qui se passe | Ce que vous devez avoir fait |
|---|---|---|
| Dès maintenant | Les importations 2026 s'accumulent | Étapes 1 à 4 lancées, données de 2026 suivies |
| Fin 2026 | Clôture de l'année d'importation | Émissions 2026 calculées par produit |
| Février 2027 | Début de la vente des certificats pour 2026 | Données vérifiées transmises aux importateurs |
| Chaque fin de trimestre 2027 | L'importateur doit détenir des certificats couvrant au moins 50 % des émissions importées depuis le début de l'année | Données 2027 disponibles au fil de l'eau |
| Septembre 2027 | Déclaration annuelle MACF des importations de 2026 | Aucune donnée manquante ni contestée |
Les erreurs que nous voyons le plus souvent
- Confondre bilan carbone et empreinte produit. Un bilan d'entreprise sur les scopes 1, 2 et 3 est utile, mais le MACF demande des émissions par tonne de produit et par installation. Les deux exercices se complètent sans se remplacer.
- Attendre la demande du client. Quand l'importateur réclame les données, il est souvent trop tard pour reconstituer une année complète. Il déclarera la valeur par défaut.
- Oublier les précurseurs. Une pièce en acier embarque les émissions de l'acier acheté. Sans les données du fournisseur amont, le calcul est incomplet.
- Sous-estimer la vérification. Des données non vérifiables sont, en pratique, des données inutilisables.
Questions fréquentes
Mon entreprise exporte du textile : suis-je concernée ?
Pas à ce stade : le textile ne fait pas partie des secteurs couverts. En revanche, vos clients européens soumis à la CSRD vous demandent déjà vos émissions, et le périmètre du MACF est appelé à s'élargir.
Qui paie les certificats ?
L'importateur établi dans l'Union, qui les achète à partir de février 2027 pour les importations de 2026. Le coût se répercute ensuite dans la relation commerciale avec l'exportateur.
Puis-je utiliser les valeurs par défaut en attendant ?
Votre client le peut, mais elles sont majorées de 10 % en 2026, 20 % en 2027 et 30 % ensuite. C'est une solution d'attente coûteuse, pas une stratégie.
Faut-il un bilan carbone complet avant de commencer ?
Non. On peut démarrer directement par les installations et les produits concernés. Mais si vous lancez un bilan, profitez-en pour structurer les données dont le MACF aura besoin.
Financer la préparation
Les entreprises tunisiennes peuvent mobiliser le dispositif de l'ANME, qui prend en charge une partie du coût d'une mission de comptabilité carbone. Nous détaillons les conditions dans notre article sur le cahier des charges ANME et sa prime de 70 %.
Ce qu'il faut retenir
Le MACF n'attend pas 2034 pour peser. En valeurs par défaut, un produit plus émetteur que la référence européenne coûte déjà cher à votre client en 2026, et ce coût augmente chaque année à mesure que la déduction de l'allocation gratuite diminue : 97,5 % de la référence en 2026, 51,5 % en 2030, plus rien en 2034. Les entreprises qui auront mesuré, vérifié et réduit leurs émissions avant 2027 n'auront pas seulement évité un coût : elles auront gagné un argument face à leurs concurrents.
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Sources : ministère de la Transition écologique, page « Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) », mise à jour du 4 septembre 2026 ; Commission européenne, Direction générale de la fiscalité et de l'union douanière, pages MACF et prix des certificats ; règlement d'exécution (UE) 2025/2621 pour les valeurs par défaut. Les montants de l'exemple sont des ordres de grandeur illustratifs.